Interop: la prochaine feuille de route du web se précise
Le paysage du web se réorganise autour d’une démarche très pragmatique nommée Interop. Ce projet collaboratif open-source se donne pour mission d’améliorer l’interopérabilité du web en ciblant chaque année des zones prioritaires, appelées « focus areas », testables via les Web Platform Tests (WPT).
Au fur et à mesure que les navigateurs implémentent et valident ces tests, la feuille de route du web devient plus concrète et plus mesurable. Les tableaux de bord publics et les bilans annuels permettent de suivre en continu les progrès et d’orienter les efforts des développeurs, des fournisseurs de navigateurs et des contributeurs.
Qu’est-ce que Interop et comment ça marche
Interop est un projet hébergé autour du référentiel WPT, où les propositions, les tests et les rapports sont publics. Le dépôt principal décrit les règles d’éligibilité et les mécanismes de sélection des zones à travailler, insistant sur la nécessité de tests automatisés de qualité et de spécifications mûres (W3C/WHATWG/IETF/TC39/Khronos, etc.). Voir le dépôt officiel sur GitHub pour les détails.
La méthode est simple : chaque année, une liste de focus areas est définie ; pour chaque zone, des tests WPT sont écrits et mesurés sur les navigateurs. L’objectif n’est pas de créer de nouvelles spécifications, mais d’aider à prioriser l’implémentation interopérable de standards déjà existants.
Ce processus participatif favorise la transparence : les scores et l’état d’implémentation sont visibles via des tableaux de bord publics (ex. <a href='https://wpt.fyi/interop‘>wpt.fyi/interop), et les discussions sont ouvertes aux communautés et aux entreprises contributrices.
Bilan 2024 : un bond d’interopérabilité mesurable
Le succès d’Interop 2024 est devenu un exemple parlant : le score global d’interopérabilité est passé de 46 % au début de l’année à 95 % dans les navigateurs stables en fin d’année, selon les rapports de la communauté et des fournisseurs comme WebKit. Ce progrès a concerné des versions concrètes telles que Chrome 131, Edge 131, Firefox 133 et Safari 18.2.
Les wrap-ups annuels détaillent les fonctionnalités traitées : accessibilité, CSS Nesting, Custom Properties, Declarative Shadow DOM, requestVideoFrameCallback, popover, relative color syntax, scrollbar styling, IndexedDB, etc. Ces avancées montrent qu’un travail ciblé, soutenu par des tests automatisés, peut produire des résultats rapides et visibles pour les développeurs.
Le bilan 2024 a aussi servi de preuve de concept : il a confirmé que la combinaison d’engagements multi‑fournisseurs et d’un référentiel de tests partagé permet d’augmenter fortement l’interopérabilité perçue du web tout en réduisant les « pain points » pour les équipes produisant des sites et apps.
Interop 2025 : ambitions, taille et réalisations
Pour 2025, Interop a sélectionné 19 focus areas (17 nouvelles + 2 reprises) afin d’adresser des problèmes concrets de compatibilité cross‑browser. La taille et la diversité des zones montrent que la démarche gagne en maturité et en portée.
À l’ouverture d’Interop 2025, les statistiques faisaient état d’un passage des scores de tests individuels à environ 98 % en navigateurs stables et à ~99 % en pré‑versions, tandis que le score Interop global était souvent cité autour de 95 %. Plusieurs fonctionnalités ciblées sont devenues interopérables, comme requestVideoFrameCallback, Declarative Shadow DOM et popover.
Les bilans annuels et les pages Interop‑2025 détaillent les progrès par navigateur et par focus area, ce qui permet de mesurer l’impact des efforts conjoints et d’identifier rapidement les zones nécessitant encore du travail.
Règles d’éligibilité et processus technique
Une zone candidate à Interop doit reposer sur une spécification jugée suffisamment mature et surtout être testable de façon robuste avec des WPT de qualité. Ces règles d’éligibilité sont documentées publiquement dans le dépôt Interop sur GitHub.
Interop n’est pas un organisme de normalisation : il n’élabore pas de standards nouveaux. Son rôle est technique et pragmatique : prioriser la mise en œuvre interopérable de spécifications existantes, basée sur des tests automatisés et des mesures publiquement accessibles.
Le workflow implique des propositions, la rédaction de tests, des exécutions automatisées sur différentes versions de navigateurs et des revues communautaires. Cette gouvernance technique bio‑culturelle (contributeurs multiples, entreprises et projets indépendants) permet des décisions plus rapides et plus ciblées.
Interop 2026 : appel à propositions et calendrier public
Le cycle 2026 a démarré publiquement avec l’appel aux propositions lancé par Igalia le 4 septembre 2025. Leur message « Today we open the call for proposals » a marqué l’ouverture d’une période de soumission destinée à collecter les « pain points » des développeurs et des implémenteurs.
Le calendrier public partagé par des participants comme Bocoup précise des étapes claires : soumissions les 4 et 24 septembre 2025, sélection des propositions avant le 11 décembre 2025, et annonce de la portée (scope) début février 2026. Ces dates donnent aux communautés le temps de préparer des propositions solides et des jeux de tests associés.
Les conférences et sessions prévues début 2026 (par exemple à FOSDEM 2026) offrent des occasions de présenter les résultats, débattre des priorités et coordonner les actions entre fournisseurs et contributeurs. La visibilité publique du calendrier favorise la participation et la planification.
Acteurs, coordination et visibilité publique
Interop est un effort multi‑fournisseur où se distinguent des acteurs comme Mozilla (communications sur Mozilla Hacks), Apple/WebKit, Google/Chromium, Microsoft/Edge, Igalia et organisations comme Bocoup. Chacun contribue aux tests, aux implémentations et aux rapports.
Les dashboards publics (ex. <a href='https://wpt.fyi/interop‘>wpt.fyi/interop) et les wrap‑ups annuels permettent de visualiser les progrès par navigateur et par focus area. Cette transparence renforce la confiance et oriente les priorités en fonction des besoins réels des développeurs.
La coordination n’est pas une gouvernance normative mais une orchestration technique fondée sur des spécifications existantes et des tests automatisés. Cela a permis d’obtenir des gains rapides d’interopérabilité sans créer de nouvelles instances de standardisation.
Dans un web où la fragmentation peut pénaliser l’innovation, Interop apporte un cadre mesurable et collaboratif. Les bilans 2024 et 2025 montrent que des objectifs ambitieux mais ciblés peuvent être atteints lorsque les tests, la volonté politique et l’effort d’ingénierie convergent.
Pour les développeurs et les décideurs, la feuille de route Interop est devenue un outil stratégique : elle indique où les problèmes d’implémentation persistent, quelles fonctionnalités sont désormais sûres à utiliser et comment participer au processus via les appels à propositions et les dépôts publics.
